Le progrès technique au service du totalitarisme

Petite mise en perspective des dangers que nous courons.

En 2016, l’ancien Premier Ministre François Fillon publiait un livre intitulé « Vaincre le totalitarisme
islamiste ». Il y écrivait que l’islamisme est et sera dans les prochaines années le plus grand défi pour
le monde démocratique. C’est certainement vrai. Cependant, un nouveau totalitarisme est en
train d’émerger et il sera autrement plus difficile à combattre. Il est surtout, pour le moment, plus
difficile à nommer et décrire. En 2005 le philosophe Alain Finkielkraut établissait une analogie entre
le communisme au XXe siècle et l’antiracisme au XXIe siècle. En 2014 le Pape François mettait en
garde contre « la dictature de la pensée unique ». En 2019 l’hebdomadaire le Point publiait un article
dans lequel l’écrivain américain David Adler qualifiait le mouvement écologiste de nouveau
« millénarisme ». Le philosophe Michel Onfray nous alerte sur les dangers du transhumanisme.
Quelle que soit la façon dont on appellera le nouveau totalitarisme, il aura à sa disposition les outils
les plus puissants de l’histoire de l’Humanité. De ce fait il représentera une menace plus importante
que les dictatures du XXe siècle. Ces outils sont le produit d’un progrès technologique en constante
accélération, associé à l’enthousiasme quasi sans borne dont il bénéficie auprès des populations et
des gouvernements.

Chaque pouvoir a , à travers les époques, profité des innovations pour appliquer sa politique.
L’accélération brusque du progrès technique à partir de la seconde moitié du XIXe siècle a rendu
possibles les grandes tragédies du XXe. Aujourd’hui la cadence des changements ne faiblit pas, bien
au contraire , et la vitesse de démocratisation des innovations est proprement inédite.
Hier, un agent ou un policier nous interpelait et nous faisait lui communiquer, de diverses manières,
les informations qu’il souhaitait obtenir. Les informations pouvaient aussi être collectées par
espionnage. Dans tous les cas une activité humaine directement et souvent manifestement intrusive
était nécessaire. Ces méthodes éveillaient en nous la peur, l’anxiété, la méfiance voire la volonté de
s’opposer à un système totalitaire. Aujourd’hui, les programmes informatiques et les applications
mobiles exigent de nous que nous leur autorisions l’accès à nos contacts, fichiers personnels,
informations de localisation, et en règle générale nous le faisons sans sourciller. Cliquer sur
« j’accepte » est devenu un geste presque naturel et ne provoquant plus les mêmes émotions
négatives. Bien au contraire, nous avons désormais un sentiment de confort et de participation à la
modernité


Nous acceptons ces intrusions croissantes dans nos vies privées d’autant plus aisément que rien ne
semble explicitement indiquer que cela pourrait être un jour utilisé contre nous. Cependant les
bases de données des grands services informatiques ont déjà quasiment toutes été au moins une
fois victimes de fuites ou de piratages. La Chine totalitaire utilise déjà les outils modernes pour
contrôler sa population, comme les caméras à reconnaissance faciale. Notons que ce pays est un 
partenaire commercial de plus en plus incontournable pour l’Occident. Même dans notre Europe 
libérale et démocratique les citoyens peuvent être arrêtés pour des publications jugées incorrectes sur les réseaux sociaux, comme récemment en Allemagne. Aux Etats-Unis on teste déjà l’implantation sous-cutanée de puces
électroniques dans certaines entreprises. Dans peu de temps notre conduite en voiture sera
surveillée en temps réel. A partir de 2022 tous les véhicules produits en Europe devront être 
équipés d’un système intelligent de contrôle de la vitesse et de boîtes noires. Le paiement en 
espèces a tendance à disparaitre au profit de modes de paiement dématérialisés. Dans tous les cas, 
les raisons avancées sont les suivantes : santé (comme pour la pandémie de COVID-19), sécurité 
(terrorisme ou lutte contre les trafics), confort (progrès sociaux et sociétaux), économies (de temps 
et d’argent). Les gouvernants disent « c’est pour votre bien », vos voisins complètent : « pas de problème, nous 
n’avons rien à nous reprocher ». certaines dystopies avaient déjà décrit de tels comportements.

Petit à petit, étape par étape se construit un système qui, s’il sera mal utilisé- et il l’est déjà,
permettra la surveillance et le contrôle de sociétés entières ainsi que des répressions ciblées. Tous
les aspects de nos vies pourront être supervisés, de la naissance, voire de la conception, à la mort.

Les moyens de s’opposer à ce totalitarisme vont dépendre de deux facteurs principaux : le niveau de
diffusion et de démocratisation des nouvelles technologies sur Terre et leur échelle d’emploi par les
dirigeants, quels qu’ils soient. Moins ces facteurs seront développés, moins les sociétés seront
menacées et plus il sera aisé de sortir du cercle vicieux de la dépendance aux outils envahissants.
En premier lieu nous devons être sensibilisés à la potentielle dangerosité de l’utilisation abusive de
certaines innovations. Puis nous devons établir, en tant qu’individus comme en tant que sociétés, où
se situe la frontière acceptable entre liberté et sécurité. Soyons conscients que ce n’est pas aux
dirigeants (politiques, économiques…) de répondre à notre place. De ce fait il faut se demander si les
gouvernements et les systèmes politiques qui les encadrent constituent des garanties suffisantes de
respect de nos libertés et des frontières que nous aurons établies. Une fois ces prises de conscience
réalisées nous aurons fait des progrès considérables vers un avenir responsable.

François Fillon ne se trompe pas en parlant de combat civilisationnel contre l’islamisme pour les
années à venir. Il faut néanmoins dès maintenant poser les bases de notre identité anthropologique
pour les décennies à venir, dans le contexte du grand défi que représente la mise au point d’un
progrès technique respectueux de nos libertés mais suffisamment fort pour ne pas être distancé par
celui que développent ceux ayant des visées totalitaires.

Nathaniel GARSTECKA

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

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Le progrès technique au service du totalitarisme

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En 2016, l’ancien Premier Ministre François Fillon publiait un livre intitulé « Vaincre le totalitarisme
islamiste ». Il y écrivait que l’islamisme est et sera dans les prochaines années le plus grand défi pour
le monde démocratique. C’est certainement vrai. Cependant, un nouveau totalitarisme est en
train d’émerger et il sera autrement plus difficile à combattre. Il est surtout, pour le moment, plus
difficile à nommer et décrire. En 2005 le philosophe Alain Finkielkraut établissait une analogie entre
le communisme au XXe siècle et l’antiracisme au XXIe siècle. En 2014 le Pape François mettait en
garde contre « la dictature de la pensée unique ». En 2019 l’hebdomadaire le Point publiait un article
dans lequel l’écrivain américain David Adler qualifiait le mouvement écologiste de nouveau
« millénarisme ». Le philosophe Michel Onfray nous alerte sur les dangers du transhumanisme.
Quelle que soit la façon dont on appellera le nouveau totalitarisme, il aura à sa disposition les outils
les plus puissants de l’histoire de l’Humanité. De ce fait il représentera une menace plus importante
que les dictatures du XXe siècle. Ces outils sont le produit d’un progrès technologique en constante
accélération, associé à l’enthousiasme quasi sans borne dont il bénéficie auprès des populations et
des gouvernements.

Chaque pouvoir a , à travers les époques, profité des innovations pour appliquer sa politique.
L’accélération brusque du progrès technique à partir de la seconde moitié du XIXe siècle a rendu
possibles les grandes tragédies du XXe. Aujourd’hui la cadence des changements ne faiblit pas, bien
au contraire , et la vitesse de démocratisation des innovations est proprement inédite.
Hier, un agent ou un policier nous interpelait et nous faisait lui communiquer, de diverses manières,
les informations qu’il souhaitait obtenir. Les informations pouvaient aussi être collectées par
espionnage. Dans tous les cas une activité humaine directement et souvent manifestement intrusive
était nécessaire. Ces méthodes éveillaient en nous la peur, l’anxiété, la méfiance voire la volonté de
s’opposer à un système totalitaire. Aujourd’hui, les programmes informatiques et les applications
mobiles exigent de nous que nous leur autorisions l’accès à nos contacts, fichiers personnels,
informations de localisation, et en règle générale nous le faisons sans sourciller. Cliquer sur
« j’accepte » est devenu un geste presque naturel et ne provoquant plus les mêmes émotions
négatives. Bien au contraire, nous avons désormais un sentiment de confort et de participation à la
modernité


Nous acceptons ces intrusions croissantes dans nos vies privées d’autant plus aisément que rien ne
semble explicitement indiquer que cela pourrait être un jour utilisé contre nous. Cependant les
bases de données des grands services informatiques ont déjà quasiment toutes été au moins une
fois victimes de fuites ou de piratages. La Chine totalitaire utilise déjà les outils modernes pour
contrôler sa population, comme les caméras à reconnaissance faciale. Notons que ce pays est un 
partenaire commercial de plus en plus incontournable pour l’Occident. Même dans notre Europe 
libérale et démocratique les citoyens peuvent être arrêtés pour des publications jugées incorrectes sur les réseaux sociaux, comme récemment en Allemagne. Aux Etats-Unis on teste déjà l’implantation sous-cutanée de puces
électroniques dans certaines entreprises. Dans peu de temps notre conduite en voiture sera
surveillée en temps réel. A partir de 2022 tous les véhicules produits en Europe devront être 
équipés d’un système intelligent de contrôle de la vitesse et de boîtes noires. Le paiement en 
espèces a tendance à disparaitre au profit de modes de paiement dématérialisés. Dans tous les cas, 
les raisons avancées sont les suivantes : santé (comme pour la pandémie de COVID-19), sécurité 
(terrorisme ou lutte contre les trafics), confort (progrès sociaux et sociétaux), économies (de temps 
et d’argent). Les gouvernants disent « c’est pour votre bien », vos voisins complètent : « pas de problème, nous 
n’avons rien à nous reprocher ». certaines dystopies avaient déjà décrit de tels comportements.

Petit à petit, étape par étape se construit un système qui, s’il sera mal utilisé- et il l’est déjà,
permettra la surveillance et le contrôle de sociétés entières ainsi que des répressions ciblées. Tous
les aspects de nos vies pourront être supervisés, de la naissance, voire de la conception, à la mort.

Les moyens de s’opposer à ce totalitarisme vont dépendre de deux facteurs principaux : le niveau de
diffusion et de démocratisation des nouvelles technologies sur Terre et leur échelle d’emploi par les
dirigeants, quels qu’ils soient. Moins ces facteurs seront développés, moins les sociétés seront
menacées et plus il sera aisé de sortir du cercle vicieux de la dépendance aux outils envahissants.
En premier lieu nous devons être sensibilisés à la potentielle dangerosité de l’utilisation abusive de
certaines innovations. Puis nous devons établir, en tant qu’individus comme en tant que sociétés, où
se situe la frontière acceptable entre liberté et sécurité. Soyons conscients que ce n’est pas aux
dirigeants (politiques, économiques…) de répondre à notre place. De ce fait il faut se demander si les
gouvernements et les systèmes politiques qui les encadrent constituent des garanties suffisantes de
respect de nos libertés et des frontières que nous aurons établies. Une fois ces prises de conscience
réalisées nous aurons fait des progrès considérables vers un avenir responsable.

François Fillon ne se trompe pas en parlant de combat civilisationnel contre l’islamisme pour les
années à venir. Il faut néanmoins dès maintenant poser les bases de notre identité anthropologique
pour les décennies à venir, dans le contexte du grand défi que représente la mise au point d’un
progrès technique respectueux de nos libertés mais suffisamment fort pour ne pas être distancé par
celui que développent ceux ayant des visées totalitaires.

Nathaniel GARSTECKA

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



 

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