Jan Szychowski, un Gaucho* polonais

La Yerba Maté ou tout simplement maté est plutôt populaire en Pologne, ou d'après Rafał Przybylok blogueur et auteur d'un livre sur le maté, près de 2 millions de Polonais en consomment régulièrement. La Pologne est le premier pays consommateur de maté de l'UE.
Le plus célèbre amateur de maté, en Pologne est l'anthropologue et journaliste satirique Wojciech Cejrowski.
Après cette disgrétion, revenons à Jan Szychowski.
Don Juan, comme le nomment affectueusement les Argentins, est né le 20 février 1890 à Borszczów.
En 1900, alors que Jan n'a que 10 ans, son père, meunier polonais, Julian Szychowski, émigre en Argentine avec sa famille et ses enfants ainsi qu'avec un groupe de plusieurs familles d'agriculteurs polonais.
Après être arrivés à Buenos Aires, ils remontèrent le fleuve Parana jusqu'à la province de Misiones. Puis, avec les charrettes amenées de Pologne, ils sont partis de la capitale provinciale, Posadas, pour rejoindre la colonie polonaise d'Apóstoles.
Adolescent, Jan travaille comme compagnon de forgeron. Il forge des charrettes, semblables à celles venues de Pologne, connues sous le nom de carros polacos. À l'âge de 18 ans, il ouvre sa propre forge, où il effectue tous les travaux sur les voitures et les véhicules de transport. Il épouse une émigrée polonaise, Bronisława Kruchowska.
Après 14 ans à Apóstoles, Jan et Bronisława ont décidé de partir, accompagnés du père de Jan, à Buenos Aires pour trouver un emploi mieux payé et ainsi obtenir les fonds nécessaires pour retourner en Europe, une vaine tentative de retour.
À Buenos Aires, il a vu pour la première fois des tours de précision.
Il étudia leur structure et leurs principes de fonctionnement, et décida de les ramener au domaine des Apostoles. Peu de temps après son retour, il construit d'abord un tapis roulant, dont l'entraînement était la source d'énergie de son atelier.
En partie de mémoire et en partie grâce à son ingéniosité, il fabrique un tour multifonctionnel de ses propres mains. Il fabriqua son premier tour à bois, et avec l'aide de ce premier tour primitif il construisit un tour entièrement en métal en 3 ans. C'était le premier tour en métal fabriqué en Argentine.
Installation à La Cachuera.
En 1919, ils s'installent à l'estancia La Cachuera où, Jan Szychowski avait à sa disposition les appareils et outils qui furent à l'origine de la construction d'usines dans l'estancia La Cachuera, qui, avec le temps, lui apportèrent l'admiration, la renommée et une vraie fortune. Il a fabriqué lui-même toutes les pièces et tous les appareils, dans sa propre usine, sur son tour.
En 1932, il diversifie ses activités et fabrique des machines-outils pour l'agriculture. Il construit une machine chargé du nettoyage et du tri de riz local et de maïs, qui avait la taille du wagon ferroviaire. Ensuite, il fabrique un moulin pour le traitement de Manioc sur l'épinette Krochmal. En 1936, il se lance dans le maté avec une machine dont la tâche était de couper les feuilles de Yerba Maté.
À la fin de 1920, avec l'accord des autorités locales, il établit un plan de contour de la vallée voisine et conçoit, puis construit un barrage sur toute sa largeur, séparant le ruisseau Chimiray à la frontière entre les provinces de Misiones et Corrientes.
Par la suite, il creusera un canal de 700 mètres de long à travers lequel il a amené l'eau du barrage à l'usine, qui mettra en mouvement la roue du moulin de 3,5 mètres de long, plus tard remplacée par une turbine Kaplan produisant l'électricité nécessaire pour faire fonctionner le moulin et les machines de son usine.
Jan est un véritable touche-à-tout, qui placera les premières lignes de téléphone de la région de Misiones.
En 1936, le gouvernement de la Deuxième République polonaise lui a décerné la Croix de bronze du mérite (Brązowy Krzyż Zasługi) en raison de son grand esprit d'entreprise et ses grands succès comme pionnier polonais en Argentine.
Son entreprise de Yerba Maté "Amanda" connaît une ascension fulgurante et un véritable succès populaire.
La "National Geographic Society" en 1957 pour sa persévérance et son ingéniosité, le nomme membre honoraire.
Don Juan, comme on l'appelait en Argentine, s'éteint en 1960. Il a eu quatre fils et quatre filles qui s'occupent de la marque de maté "Amanda".
Il a laissé un héritage inestimable pour la région où il a vécu.
La famille Szychowski est une des plus importantes famille de la Polonia (diaspora) d'Argentine. Elle maintient des liens forts avec la Pologne.
En l'honneur de ce grand Polonais, le 26 août 1997, à l'occasion du centenaire des célébrations de l'arrivée des premiers colons polonais à Misiones en présence de l'ambassadeur de Pologne, le Musée Juan Szychowski a été créé à La Cachuera.
Aujourd'hui, la marque "Amanda" fait partie, des marques les plus connues et se place dans les cinq plus vendues en Argentine et dans le monde.
Amanda, marque que j'affectionne particulièrement, car je le confesse volontiers, je suis ce que l'on appelle un matero (amateur de maté).
C'était l'histoire de Jan Szychowski le Gaucho polonais qui est un exemple, de ce que les Polonais de par le monde sont capables de faire.
Don Juan, un homme devenu presque anonyme. Et pourtant, un homme dont, le parcours, l'ingéniosité et le succès méritent d'être connu hors de Pologne et d'Argentine.
Florian Marek.
(*Gaucho : version Argentine du cow-boy. Se prononce : Gaoutcho)